samedi 27 juin 2026

50 ANS D’ART CONTEMPORAIN : HISTOIRE, BILAN ET PERSPECTIVES

Ouvrage collectif avec les textes d’écrivains, essayistes, critiques d’art ayant publié des livres sur le sujet, réunis par Pierre Souchaud, fondateur du magasine Artension.

Liste des auteurs pressentis :
Valérie Arault, Isabelle Barbéris, Patrick Burandello, Jean Clair, Copilot, Jean-Pierre Cramoisan, Laurent Danchin, François Derivery, Nicole Esterolle, Aude De Kerros, Jean-Philippe Domecq, Pierre Gentes, Mikael Faujour, Maximilien Friche, Françoise Icart, Pierre Lamalattie , Alain Georges Leduc , Françoise Liot, Yves Michaud, Luis Marcel, Françoise Monnin, Christian Noorbergen, Francis Parent, Luis Porquet, Marie Sallantin, Hervé Sérane, Jérôme Serri, Christine Sourgins, Jean-Jacques Tachdjian , Michel Théry, Alain Troyas, Marc Vérat.

Textes, 5000 signes environ pour chaque contributeur à fournir si possible avant le 15 sept 2026.
Je souhaiterais que chaque auteur donne un titre à son texte et fournisse aussi un texte bio + bibliographie.
Je pense que ce format d’environ 5000 signes est bon pour constituer un ensemble de textes « incisifs » pour un bouquet d’approches du sujet, avec une belle variété de « couleurs ».

Des écoles pour ne rien apprendre




Aujourd’hui, Marc Vérat artiste peintre

Peintre originaire de Nevers, il a suivi des études aux Beaux‑Arts de Reims et de Besançon dans les années 1968–1973, avec un passage à la faculté de La Plata (Argentine) au début des années 1970.
Figure du figuratif, il réalise des peintures mêlant surréalisme, montages et collages de références académiques avec des photographies contemporaines. La femme reste souvent un motif central.
Positionnement esthétique : son œuvre s’inscrit comme une réaction contre l’art contemporain dominant. Il milite pour une peinture figurative expressive et revendicative, ancrée dans l’histoire de l’art, parfois enrichie de textes engagés, par exemple pour dénoncer les inégalités et dérives contemporaines.
Années 1975–1990 : Création de toiles marquées par la représentation féminine, les constructions en perspective, cette période est considérée comme l’une des plus prolifiques.
Œuvres et projets récents :
Il a exposé à Nevers, notamment au Musée Frédéric Blandin, des montages montrant des œuvres de Fénéon et Bouguereau. Ses réalisations classiques témoignent d'une critique subtile de l’art contemporain.
Très attaché à son territoire, il choisit de se retirer du circuit artistique institutionnel et de produire de manière indépendante, souvent avec diffusion limitée et engagement critique envers le milieu culturel officiel.
En résumé
Peintre figuratif opposé à l’art contemporain dominant
Thèmes : Féminité, hommages, références à l’histoire de l’art
Techniques : Peinture, montages intégrés, inscriptions textuelles engagées
Position idéologique : Contestataire du conformisme artistique et défenseur de traditions picturales
Œuvres notables : Série sur le Bicentenaire de la Révolution, un Abécédaire complet ; ses études de Femmes explorent une représentation souvent marquée par une technique habile.
En plus d’être peintre, Marc Vérat est aussi enseignant, galeriste et blogueur, ce qui reflète son engagement profond envers le monde de l’art.

Contrat Vérat / Wajntrob
Le contrat a été signé en 1977, entre Simon Wajntrob producteur-créateur du label WIP et Marc Vérat (artiste-peintre). Il prévoyait que Vérat produise trois œuvres par mois dans le cadre d’une relation artistique et rémunératrice.
Le document est visible sur un blog intitulé “Contrat VERAT / WAJNTROB – 1977” mais aucun détail supplémentaire, comme clauses précises ou montant exact, n’est public.
Contexte
Simon Wajntrob était déjà célèbre à cette époque, notamment pour sa collaboration avec Mike Brant dès 1974. Le contrat avec Vérat intervient après ce succès discographique.
Wajntrob, dernier producteur de Mike Brant, avait ses bureaux sur les Champs‑Élysées, Rolls-Royce, vie mondaine, passion pour la peinture (Dali) et les chevaux.
Le drame et le mystère
Le 25 avril 1975, Mike Brant meurt en chutant du 6ᵉ étage à Paris. Certains évoquent un suicide, un accident ou même un assassinat, possiblement lié à des conflits avec son producteur Wajntrob.
Deux ans plus tard, en 1978, Simon Wajntrob est retrouvé mort dans sa voiture au bois de Boulogne, officiellement suicidé d’une double balle – de nouveau des interrogations planent : suicide, accident ou meurtre ?


1976, contrat Wajntrob - 2009, avec les élèves du lycée professionnel

Depuis une cinquantaine d'années, l'art dit contemporain est devenu la tendance encouragée par l'État français qui écarte notamment la peinture figurative. Cette orientation peut se résumer à montrer "un art sans art ", une idée, comme souvent, qui vient directement des États-Unis.
L'auteur a cessé la pratique de la peinture depuis plus de vingt ans. Par nécessité, et après un contrat de peintre professionnel au milieu des années 1970, il enseignera à partir de 1980 les arts appliqués dans un lycée professionnel.

BnF - Extranet du dépôt légal : Livres imprimés, documents catalogués
Marc VERAT - Editions du Puits du Bourg - Nevers

10000001210901 - INTELLIGENCE ARTIFICIELLE - 31/08/2025       
10000001212032 - Le Ministère de la Culture - 27/08/2025       
10000000903010 - ACMA & GERLY Les symboles nivernais des Trente Glorieuses - 04/09/2023        
10000000779498 - La Petite histoire des Modèles - 06/05/2022        
10000000607428 - Je suis la Nièvre - 22/12/2020        
    10000000554457 - ELOGE DE L'IMAGE ET CONTRE-CULTURE - 01/09/2020
1996, L'art contemporain et ses Institution, rapport au Ministère de la Culture

samedi 13 juin 2026

Qui sera le plus grand fou ?

Monochrome de Mosset 100x100cm, avec un petit rond au milieu
à vendre 140 000 euros à la galerie Catzeflis


« The Greater Fool Theory », la théorie du plus grand fou. Selon cette idée, les investisseurs peuvent acheter un titre même s’ils sont persuadés qu’il est surévalué, car ils pensent qu’un autre individu – plus fou encore – sera prompt à le racheter plus cher. Le mécanisme fonctionne et les prix augmentent jusqu’à atteindre « le plus grand fou ». Dès lors, la bulle éclate et plus personne ne se porte acquéreur.

La première bulle spéculative de l’histoire éclate en Hollande, en février 1637 avec une forte spéculation sur les tulipes, au cours de laquelle des bulbes de tulipes s’échangeaient au même prix qu’une maison à Amsterdam.
Le XVIIe siècle marque le « siècle d’or » hollandais. Les Provinces-Unies, autrement dit la Hollande, constitue l’un des États européens les plus modernes, notamment en matière d’art et de culture. Sur le plan économique, la création de la Compagnie des Indes Orientales en 1602 assure le développement des échanges internationaux et du système financier du pays.

Cette domination commerciale permet aux Provinces-Unies de se hisser au rang de première puissance économique mondiale.
Jusqu’en 1634, le marché de la tulipe est semblable à celui du marché de l’art. Un milieu réservé aux plus aisés où le client passe commande à un horticulteur pour faire pousser la variété qu’il désire. La commande est passée à partir de l’automne lorsque les bulbes sont plantés, et les tulipes qui attirent le plus ne sont pas les plus belles mais les plus rares. La demande pour certaines espèces favorise la formation de la bulle spéculative.

À partir de 1635, plusieurs innovations financières accélèrent le développement de ladite bulle. L’innovation la plus importante est l’introduction des billets à effet. Ces derniers précisent les caractéristiques du bulbe et son prix. Ceci permet aux acheteurs de revendre un bulbe encore en terre, en échangeant non plus le bulbe lui-même mais le billet, un papier faisant office de titre.
Les transactions augmentent et il n’est pas rare de voir un billet à effet, changer de mains à de multiples reprises avant la floraison de la tulipe. Les contemporains parlaient d’ailleurs de « windhandel », le commerce du vent.
Plusieurs éléments psychologiques sont avancés pour expliquer les bulles spéculatives. L’un d’entre eux se nomme « The Greater Fool Theory », la théorie du plus grand fou. Selon cette idée, les investisseurs peuvent acheter un titre même s’ils sont persuadés qu’il est surévalué, car ils pensent qu’un autre individu – plus fou encore – sera prompt à le racheter plus cher. Le mécanisme fonctionne et les prix augmentent jusqu’à atteindre « le plus grand fou ». Dès lors, la bulle éclate et plus personne ne se porte acquéreur.

L’éclatement de la bulle
Les sources fournissant l’évolution du prix des tulipes à cette époque sont rares. Le marché n’est pas régulé et il n’y a donc pas de cours officiel.
Il apparaît toutefois qu’en janvier 1637, au sommet de la bulle, une tulipe pouvait valoir jusqu’à 15 années de salaire d’un artisan. Un bulbe de la variété Semper Augustus – la plus recherchée à l’époque – se serait même échangé pour 10 000 florins, soit l’équivalent de deux maisons en ville.
L’éclatement de la bulle, se produit le 3 février 1637.
Le krach sera déclenché notamment par l’absence d’acheteurs lors d’une vente aux enchères dans une taverne d’Haarlem. Cela suffira pour provoquer le retournement du marché ; il ne faut que quelques heures pour que la nouvelle de l’absence d’acheteurs se propage à la ville entière et quelques jours pour que l’information atteigne l’ensemble des Provinces-Unies. Les bulbes de tulipes deviennent alors invendables.


lundi 1 juin 2026

Art et fiscalité


Vignobles, œuvres d’art et chênes truffiers : bienvenue au pays des niches fiscales et des ultra-riches ! sans compter que cela entretient publicité, affaires et égo pour un même prix.
Bénéficier de niches fiscales avec des œuvres d’art est possible de deux manières différentes, en tant que particulier ou via une entreprise. La France est l’un des pays les plus généreux d’Europe sur ce terrain, mais les mécanismes sont relativement encadrés. Les niches fiscales liées à l’art reposent principalement sur l’exonération d’IFI*, les régimes avantageux de plus‑values, les réductions d’impôt pour dons, et surtout, pour les entreprises, la déduction intégrale du prix d’achat d’œuvres d’artistes vivants (article 238 bis AB).

Pour les particuliers, les œuvres d’art ne sont pas taxées à l’IFI. C’est l’un des rares actifs totalement exclus de l’assiette. D'autres moyens existent :
La dation en paiement : donner une œuvre à l’État pour payer des droits de succession.
Une évaluation réduite : si l’œuvre n’est pas vendue, elle peut être évaluée à une valeur moindre dans la succession.
Donner une œuvre à un musée ou une institution reconnue d’utilité publique ouvre droit à 66 % de réduction d’impôt, dans la limite de 20 % du revenu imposable.

Pour les entreprises, la niche fiscale la plus puissante, l’article 238 bis AB du CGI, reste la niche la plus généreuse du système français. Une entreprise peut déduire 100 % du prix d’achat d’une œuvre d’un artiste vivant, déduction étalée sur 5 ans. Plafond, 20 000 € / an ou 5 ‰ du chiffre d’affaires HT.
Conditions : l’artiste doit être vivant, l’œuvre doit être originale et doit être exposée dans un lieu accessible au public ou aux salariés.
Autres mécanismes utiles :
Depuis 2025, la TVA sur les œuvres d’art est uniformisée à 5,5 %.
Le mécénat culturel pour les entreprises : 90 % de réduction d’impôt pour l’achat d’un trésor national ou d’une œuvre d’intérêt patrimonial majeur.

Tableau récapitulatif

Exonération IFI
Particulier
Avantage 0 % d’IFI
Condition, aucune

Plus‑values avantageuses
Particulier
Avantage, forfait 6,5 % ou exonération après 22 ans
Condition, détention longue

Réduction IR pour dons
Particulier
Avantage, 66 % de réduction
Condition, don à institution reconnue

Déduction 238 bis AB
Entreprise
Avantage, déduction 100 % sur 5 ans
Conditions, artiste vivant + exposition

Mécénat 90 %
Entreprise
Avantage, réduction 90 %
Condition, oeuvre d’intérêt patrimonial majeur

Comment optimiser sa fiscalité avec l’art ?
Des leviers fiscaux à combiner :
1. Particulier : neutraliser le patrimoine taxable
Les œuvres d’art sont hors IFI. En cas de patrimoine immobilier important, déplacer une partie de la trésorerie vers l’art réduit mécaniquement l'IFI à 0, sans montage complexe.
2. Entreprise : la niche la plus puissante (238 bis AB)
Une société (SAS, SARL, SCI à l’IS) peut déduire 100 % du prix d’achat d’une œuvre d’un artiste vivant sur 5 ans (20 %/an), dans la limite de 20.000 € ou 5 ‰ du CA. C’est la niche fiscale la plus efficace du droit français.
Idéal pour transformer une trésorerie dormante en actif culturel tout en réduisant l'impôt sur les sociétés.
3. Plus‑values : arbitrer la revente
Deux régimes :
Forfait 6,5 % sur le prix de vente
Régime réel : exonération totale après 22 ans
L’art est l’un des rares actifs où la fiscalité de cession est plus douce que l’immobilier ou les valeurs mobilières.
4. Dons et mécénat : réduire l'impôt sur le revenu ou sur celui des sociétés
Pour un particulier : 66 % de réduction IR
Pour une entreprise : 60 % (voire 90 % pour œuvres patrimoniales majeures). Idéal pour optimiser une année fiscalement chargée.

Stratégie d’optimisation fiscale pour utiliser à la fois patrimoine personnel et société pour tirer parti de l’art. C’est le montage préféré des cabinets de gestion privée.
Scénario A — Particulier imposé à l’IFI
Objectif : réduire l'IFI sans perdre en liquidité patrimoniale.
Stratégie : convertir une partie du patrimoine immobilier en œuvres d’art
Résultat : IFI réduit à 0 → Transmission facilitée → Actif mobile, discret, non fiscalisé.
Scénario B — Société avec trésorerie
Objectif : réduire l'impôt sur les sociétés en enrichissant le patrimoine personnel.
Stratégie : acheter via la société une œuvre d’un artiste vivant.
Déduire 20 %/an pendant 5 ans, exposer l’œuvre dans les locaux. À terme, racheter l’œuvre à la société.
Résultat : → Réduction d’IS immédiate → Constitution d’un patrimoine artistique personnel → Optimisation de trésorerie
Scénario C — Optimiser une année fiscalement lourde
Objectif : réduire l'impôt sur le revenu ou sur les sociétés rapidement.
Stratégie : faire un don d’œuvre à un musée ou une institution ou financer une acquisition patrimoniale (mécénat 90 %)
Résultat : → Réduction d’impôt massive → Visibilité culturelle → Impact institutionnel.

Il reste permis de bénéficier d’avantages fiscaux lorsqu’on crée une fondation, à condition que celle‑ci remplisse les critères d’intérêt général et de but non lucratif. Ces avantages sont au cœur du régime français du mécénat depuis la loi de 1987 et la loi Aillagon de 2003.
Créer une fondation d’art ouvre des avantages fiscaux importants (exonérations, réductions d’impôt, optimisation successorale), mais uniquement si la fondation poursuit une mission d’intérêt général, sans redistribution de bénéfices.
L’État accorde des incitations fiscales.
Les avantages fiscaux prévus par la loi :
1. Exonérations fiscales pour la fondation
Exonération d’impôt sur les sociétés, de TVA et de taxe foncière si l’activité n’est pas lucrative.
Possibilité de recevoir des dons, legs et dotations exonérés de droits de succession pour les fondations reconnues d’utilité publique.
2. Avantages fiscaux pour les donateurs (particuliers et entreprises)
Réduction d’impôt de 66 % pour les particuliers dans la limite de 20 % du revenu imposable.
Possibilité de reporter l’excédent sur 5 ans.
Dons en nature possibles, y compris en œuvres d’art.
3. Optimisation patrimoniale et successorale
Transférer des œuvres d’art ou un patrimoine à une fondation peut réduire l’assiette de l’IFI et des droits de succession.
Les fondations RUP permettent une transmission quasi exonérée, si l’intérêt général est réel.

L’administration fiscale peut requalifier une fondation si l’activité d’intérêt général est insuffisante, la fondation sert principalement à conserver un patrimoine familial, les dirigeants sont rémunérés de manière excessive, les œuvres restent en réalité à disposition privée. Dans ces cas, les avantages fiscaux peuvent être annulés.

Les avantages fiscaux des Fondations ?
Les dons à des fondations reconnues d’utilité publique, musées de France, ou autres organismes culturels, ouvrent droit à réductions. Ces règles sont celles utilisées par les groupes Kering / Artémis (Pinault) et LVMH / Agache (Arnault).
Les grandes fortunes ne donnent pas à titre personnel, mais par l'intermédiaire de leurs family offices : Artémis (famille Pinault), Agache (famille Arnault), Tethys (famille Bettencourt)...
Exemples de dons en nature :
Mise à disposition d’œuvres, mise à disposition de personnel (commissaires, architectes, ingénieurs), mise à disposition de locaux. Ces dons sont valorisés au coût de revient, ce qui ouvre droit à la réduction d’impôt.
Les fondations peuvent être exonérées d’impôt sur les sociétés pour leurs activités non lucratives, de taxe foncière pour certains bâtiments, de droits de mutation pour les dons et legs.

La Fondation Louis Vuitton
La Fondation d’entreprise créée par LVMH, active depuis 2006, est un bâtiment-musée inauguré en 2014 dans le Bois de Boulogne.
Elle représente un geste de prestige architectural (Frank Gehry) et un instrument de légitimation culturelle pour un groupe privé du luxe.
Fiscalement, elle demeure un cas-limite du dispositif de mécénat issu de la loi Aillagon (2003), au point d’avoir été explicitement visé par la Cour des comptes comme exemple de dérive du mécénat d’entreprise.
Autrement dit, ce n’est ni un musée public, ni un outil de communication, mais un acteur du champ artistique qui repose sur un montage juridique et fiscal très favorable, tout en produisant un bénéfice d'image au groupe.
La Fondation est structurellement arrimée à LVMH : gouvernance, financement, orientation stratégique restent dans l’orbite du groupe. Elle se positionne comme un instrument d’entreprise, même si elle revendique une mission d’intérêt général (art, éducation, accès à la culture).
Le bâtiment de Gehry constitue le noyau de la Fondation : surface d’environ 11 000 m², onze galeries, architecture de verre et de voiles, dans le Jardin d’Acclimatation du Bois de Boulogne.
Coût final estimé par la Cour des comptes à 790 M€, très au‑delà des estimations initiales 100 M€.
La Fondation est un monument de marque, un signal urbain et symbolique, construit dans le cadre fiscal de la loi Aillagon de 2003.
Ce dispositif est jugé très favorable par la Cour des comptes, notamment pour les grandes entreprises qui concentrent l’essentiel des montants défiscalisés.
La Cour des comptes prend la Fondation Louis Vuitton comme exemple emblématique : coût de construction : 790 M€, montant d’impôt économisé par LVMH environ 518 M€, soit les 2/3 du coût.
Le bâtiment, considéré comme une œuvre, a été traité comme une dépense éligible à la réduction d’impôt, la Cour y voit un effet d’aubaine et une forme d’optimisation fiscale, dans un cadre légal mais insuffisamment encadré (définition floue de l’intérêt général, contrôle faible des contreparties).
On est donc face à un montage légal, mais politiquement et symboliquement contesté. L’État renonce à une part importante de recettes fiscales pour financer, de facto, le monument de marque d’un groupe privé.

Même si le financement direct est privé, la défiscalisation massive fait qu'une partie substantielle du coût est supportée par la collectivité, la fondation est un équipement culturel privé cofinancé par l’impôt, sans les contreparties de gouvernance et de contrôle qui s’appliqueraient à un établissement public.
La construction dans le Bois de Boulogne a par ailleurs soulevé des contentieux juridiques : protection des espaces verts, associations environnementales, etc.
Pour permettre le projet, il a fallu naviguer et recourir à une adaptation législative autorisant des constructions dans cette zone protégée.
On a donc un schéma d'opération peu courante, celle d'un acteur privé puissant, d'un projet culturel emblématique et d'une adaptation du droit pour rendre possible ce qui ne l’est pas d'ordinaire.
La Fondation, en bénéficiant d’un soutien fiscal massif, renforce en outre la capacité de certains groupes privés à définir ce qui compte dans l’art contemporain. C’est une question de moyens, de pouvoir et de consécration.

On peut résumer la Fondation Louis Vuitton comme un symptôme du modèle français actuel :
- Sur le plan juridique, un outil de mécénat d’entreprise poussé à son maximum, dans un cadre où la notion d’intérêt général reste floue et peu contrôlée.
- Sur le plan fiscal, un dispositif (loi Aillagon) extrêmement généreux pour les grandes entreprises, qui permet de transformer une dépense de prestige en coût partagé avec la collectivité.
- Sur le plan institutionnel, un quasi-musée national sans statut public, un acteur privé qui occupe une place centrale dans l’écosystème culturel.

*L’exonération d’IFI désigne l’ensemble des règles légales qui permettent d’exclure totalement ou partiellement certains biens immobiliers de l’assiette de l’Impôt sur la Fortune Immobilière. Autrement dit : même si votre patrimoine immobilier dépasse 1,3 M€, certains biens ne sont pas comptés dans le calcul de l’IFI.

samedi 23 mai 2026

Une exposition virtuelle

Depuis une cinquantaine d'années en France, l'art dit contemporain est devenu la tendance officielle propagée par un État qui écarte notamment et remarquablement la peinture figurative. Selon l'expression laconique cette orientation peut se résumer à montrer "un art sans art ", une idée, comme souvent, qui vient directement des États-Unis.
Sans doute comme tant d'autres, insubordonné autant que désabusé, l'auteur a cessé la pratique de la peinture depuis plus de vingt ans. Par nécessité, et après un contrat de peintre professionnel au milieu des années 1970, il enseignera à partir de 1980 les arts appliqués dans un lycée professionnel.





1976, contrat Wajntrob - 2009, avec les élèves du lycée professionnel

L'exposition suivante n'existe que virtuellement et sur d'improbables cimaises. Les tableaux représentés sont des originaux exécutés traditionnellement à l'huile, sur toiles fixées sur châssis, allant des formats 5 F à 130 X 160 cm. Ces peintures ont été réalisées entre 1972 et 2002, celles-ci sont encadrées fictivement et situées dans un espace plus ou moins artificiel généré par informatique.
Il s'agit ici d'un éloge de l'image peinte, d'une forme désormais assumée pour la représentation figurative et le savoir-faire. De la Renaissance au XXe siècle, du Salon à l'art moderne, la peinture n'a jamais été figée et toute son histoire prouve aussi bien sa portée sociale, que l'altérité dans ses interprétations.

Alors, pourquoi la peinture est-elle ainsi marginalisée dans les discours institutionnels et pourquoi revient-elle aujourd’hui ?

La marginalisation de la peinture ne vient pas d’un seul facteur, mais d’un enchevêtrement de transformations idéologiques, sociologiques et institutionnelles qui se cristallisent surtout entre les années 1960 et 2000.
Les institutions ont privilégié des récits théoriques et conceptuels qui valorisaient les œuvres comme idées, processus, dispositifs, plutôt que comme objets techniques et sensibles, ce que la peinture incarne par excellence.
À partir des années 1960, les institutions, musées, écoles, centres d’art, adoptent un récit où l’art doit être critique, dématérialisé et discursif. Ce postulat, hérité des avant-gardes, fait de la peinture un médium soupçonné de conservatisme, elle devient alors un héritage à critiquer, non un moyen à promouvoir.

La marginalisation de la peinture dans les écoles d’art françaises demeure l’un des phénomènes les plus frappants. Elle résulte d’un changement de régime de légitimité au sein des établissements, où la valeur artistique s’est déplacée du faire vers le penser, du médium vers le discours, du technique vers le conceptuel.
Les écoles d’art ont été profondément transformées après 1968. Les ateliers de peinture, historiquement centraux, deviennent des ateliers transversaux, des espaces de liberté et de recherche où l'apprentissage devient secondaire. La peinture cesse d’être un pilier structurant pour devenir une option parmi d’autres, elle reste perçue comme trop patrimoniale ou trop liée à une culture bourgeoise. L’idée qu'elle appartient au passé académique et pompier s'installe partout, quasi systématiquement.
Paradoxalement, alors même que la pratique de la peinture explose dans la société, qu'elle connaît une demande sociale très forte, les écoles persistent, envers et contre tout, à marginaliser et même à dénigrer la discipline.

Dès lors, dans une logique démocratique, de critique institutionnelle et de réhabilitation pédagogique, le métier de peintre ne pouvait que retrouver du crédit. Comme souvent en retard et conservatrices, les institutions finiront forcément, à un moment ou à un autre, par emboîter le pas, ne serait-ce que par démagogie électorale et politique.
La peinture n’est pas un genre, mais un moyen d'expression fondamental, composé de gestes et de règles. L’exposition ci-dessous propose d’en faire l’éloge non pas en la sacralisant, mais en montrant sa capacité à absorber, traverser et transformer les mutations culturelles contemporaines.
La peinture a longtemps été prise en otage entre deux tendances opposées, celle de sa fin prônée par les discours des années 1970–2000, et celle de son appréhension populaire axée sur l'esthétique et la figuration.
Ce moyen n’a jamais cessé d’être un écosystème vivant, traversé par des actes techniques ou instinctifs, des traditions locales ou plus globales. Un tel éloge pourrait bien entendu s'apparenter à une forme de nostalgie, néanmoins cela n'exclurait nullement pluralisme, critique et ouverture.
Dans un contexte dominé par l’immatériel, réhabiliter le concret, montrer la diversité, sans oublier l'apport de la technologie numérique, c'est proposer aussi un modèle pédagogique renouvelé. La peinture reste d’abord une action qui laisse une trace, qui raconte des histoires mythologiques, personnelles ou encore réalistes ; la figuration n’est pas un retour, mais une constante réinventée.

L’exposition souligne par ailleurs les graves carences des institutions françaises, c'est-à-dire leur manque de pluralisme avec domination du conceptuel, une marginalisation de la technique et leur méconnaissance ou l'ignorance des pratiques amateures. Elle défend un modèle alternatif qui reconnaît la peinture comme un champ pluraliste, traversé par des savoirs et des communautés multiples.
L'éloge de l'image n’a pas une attitude passéiste, c'est une proposition engagée afin de redonner à la peinture la place démocratique, technique, sensible et esthétique qu'elle mérite.
Ce panégyrique la réaffirme comme champ central, comme un domaine qui n’a jamais cessé d’être créatif et en transformation permanente.
L’objectif n’est pas de célébrer la peinture comme un monument, mais de la réinscrire dans le présent, dans ses usages, ses hybridations, ses tensions, ses circulations sociales comme officielles.
Depuis plusieurs décennies la peinture occupe une position singulière dans le paysage artistique français : valorisée par le marché pour la peinture historique, moderne, impressionniste, mais toujours dévalorisée par les discours autorisés et convenus concernant celle des contemporains.

La peinture exacerbe les oppositions entre les modèles de légitimité : technique contre conceptuel, savant contre amateur, institutionnel contre vernaculaire, local contre global. Mais à terme, une discipline massivement pratiquée qui reste toujours marginalisée dans les écoles et centres d’art, ne peut que condamner ces derniers soit à se réformer radicalement, soit à disparaître.
L’éloge adopte une posture critique car il interroge les mécanismes institutionnels actuels.
Comment repenser la place de la peinture dans les écoles d’art ? Comment valoriser les pratiques amateures ? Comment articuler collections publiques, ateliers et initiatives indépendantes ? Comment construire une institution transparente, pluraliste et réellement démocratique ?











































Des écoles pour ne rien n'y apprendre ? Repenser la place des apprentissages dans les écoles d’art

Les écoles d’art françaises accueillent majoritairement des étudiants issus de classes moyennes et supérieures, elles sont aujourd'hui composées à 60 % de jeunes filles.

L’intégration après 1968 des écoles d’art dans le système de l’enseignement supérieur a transformé leur statut et leurs pratiques, cette intégration a soulevé la question du formalisme et de la légitimité académique de ces écoles.
Les écoles d’art sont traversées depuis par plusieurs contradictions qui sont au cœur de la sociologie de l’enseignement artistique en France :
Autonomie contre cadre scolaire : l’étudiant, considéré comme un artiste, doit être libre et autonome tout en demeurant scolarisé ?
Création contre évaluation : comment évaluer une pratique artistique à l'heure du tout contemporain ?
Liberté contre professionnalisation : les écoles valorisent la singularité artistique, l'originalité, mais les débouchés sont des plus précaires et quasi inexistants.
Personnalité contre pédagogie : l’idéologie mythique du don rend difficile toute formalisation pédagogique.

Le débat renvoie à une tension ancienne, déjà relevée dans l’histoire de l’enseignement du dessin dès la fin du XIXème siècle, entre instruction et éducation, entre technique et expression. Le dessin a longtemps été vu soit comme un outil technique (géométrie, architecture, industrie), soit comme un vecteur d’expression humaniste. Cette tension structure encore aujourd’hui les politiques artistiques, souvent traversées de contradictions entre démocratisation, culture légitime, pratiques réelles et temporalités.
Dans un contexte où les écoles françaises ont marginalisé la technique au profit du discours, l’obligation du savoir dessiner corrigerait au moins ce biais officiel. Cependant il convient de respecter la diversité des trajectoires futures et ne pas imposer autoritairement l’apprentissage académique mais plutôt de faire comprendre son utilité, en créant même des parcours exigeants pour ceux qui le souhaitent.
Dans le cadre d'une école qui, par définition a comme principe de transmettre des savoirs, maintenir une hiérarchie implicite où la maîtrise technique est vue comme non contemporaine n'a aucun sens. Actuellement et comme le veut généralement la rumeur publique, les études aux Beaux-Arts ne mènent à rien, ce qui, hélas, correspond à un constat des plus factuel.
Par l'apprentissage des règles académiques tous les étudiants auraient l'avantage de posséder un bagage technique, évitant les inégalités d’origine sociale ou de formation antérieure. Savoir dessiner d’après modèle, comprendre la lumière, l’anatomie, la perspective, reste un outil puissant pour toutes les pratiques, y compris conceptuelles. La question n’est pas tant d'imposer que de garantir l’accès de maîtrises transmissibles avec un tronc commun solide d'outils, à savoir : l'anatomie, le volume et la lumière, la perspective, l'observation.

Redéfinition des critères de légitimité et des études en huit objectifs, pour tous, en début de cursus. Ateliers articulant techniques, codes historiques, et interprétations plus libre en fin de cycle.

1 - Sortir de la prépondérance du concept en assumant un tronc commun obligatoire dans les premières années, non pas comme spécialité rétrograde, mais comme langage fondamental au même titre que l’écriture et la grammaire.
2 - Etudier et pratiquer l'histoire des techniques (supports, liants, formats, gestes), l'histoire des régimes d’images (icônes, tableaux, affiches, vidéos), l'articulation avec la technologie numérique (peinture + impression, peinture + IA, peinture + logiciel, etc.).
3 - Maîtriser des moyens (matières, couleurs, compositions, formats) et capacité à situer sa pratique dans des enjeux (politiques, écologiques, médiatiques, intimes). L’idée n’est pas de revenir à la seule technique, mais de refuser l'actuelle domination du discours.
4 - Rotation transversale entre plusieurs ateliers de peinture et dessin (figuration académique, décoration, perspective, publicité).
5 - Encourager la pluralité des regards. La peinture loisir, carnets de voyage, aquarelle, peinture décorative, etc., reconnaissance des ateliers indépendants.
6 - Construire une institution transparente, pluraliste et réellement démocratique.
7 - Rendre publics les critères de sélection des étudiants, des enseignants, des artistes invités, la composition des jurys, des commissions et des budgets. Mettre en ligne des rapports annuels lisibles.
8 - Conseils de gouvernance mixtes : Enseignants, Étudiants élus, représentants des écoles de pratiques amateures, Représentants des collections publiques. Rotation et limitation des mandats avec obligation de rendre compte.