samedi 23 mai 2026

Une exposition virtuelle

Depuis une cinquantaine d'années en France, l'art dit contemporain est devenu la tendance officielle prônée par un État qui écarte notamment et remarquablement la peinture figurative. Selon l'expression laconique cette orientation peut se résumer à montrer "un art sans art ", une idée, comme souvent, qui vient directement des États-Unis.
Sans doute comme tant d'autres, insubordonné autant que désabusé, l'auteur a cessé la pratique de la peinture depuis plus de vingt ans. Par nécessité, et après un contrat de peintre professionnel au milieu des années 1970, il enseignera à partir de 1980 les arts appliqués dans un lycée professionnel.




1976, contrat Wajntrob - 2009, avec les élèves du lycée professionnel

L'exposition suivante n'existe que virtuellement et sur d'improbables cimaises. Les tableaux représentés sont des originaux exécutés traditionnellement à l'huile, sur toiles fixées sur châssis, allant des formats 5 F à 130 X 160 cm. Ces peintures ont été réalisées entre 1972 et 2002, celles-ci sont encadrées fictivement et situées dans un espace plus ou moins artificiel généré par informatique.
Il s'agit ici d'un éloge de l'image peinte, d'une forme désormais assumée pour la représentation figurative et le savoir-faire. De la Renaissance au XXe siècle, du Salon à l'art moderne, la peinture n'a jamais été figée et toute son histoire prouve aussi bien sa portée sociale, que l'altérité dans ses interprétations.

Alors, pourquoi la peinture est-elle ainsi marginalisée dans les discours institutionnels et pourquoi revient-elle aujourd’hui ?

La marginalisation de la peinture ne vient pas d’un seul facteur, mais d’un enchevêtrement de transformations idéologiques, sociologiques et institutionnelles qui se cristallisent surtout entre les années 1960 et 2000.
Les institutions ont privilégié des récits théoriques et conceptuels qui valorisaient les œuvres comme idées, processus, dispositifs, plutôt que comme objets techniques et sensibles, ce que la peinture incarne par excellence.
À partir des années 1960, les institutions, musées, écoles, centres d’art, adoptent un récit où l’art doit être critique, dématérialisé et discursif. Ce postulat, hérité des avant-gardes, fait de la peinture un médium soupçonné de conservatisme, elle devient alors un héritage à critiquer, non un moyen à promouvoir.

La marginalisation de la peinture dans les écoles d’art françaises demeure l’un des phénomènes les plus frappants. Elle résulte d’un changement de régime de légitimité au sein des établissements, où la valeur artistique s’est déplacée du faire vers le penser, du médium vers le discours, du technique vers le conceptuel.
Les écoles d’art ont été profondément transformées après 1968. Les ateliers de peinture, historiquement centraux, deviennent des ateliers transversaux, des espaces de liberté et de recherche où l'apprentissage devient secondaire. La peinture cesse d’être un pilier structurant pour devenir une option parmi d’autres. L’idée qu'elle appartient au passé académique et pompier s'installe partout, quasi systématiquement.
Alors même que la pratique amateur explose dans la société, la peinture reste perçue comme trop patrimoniale ou trop liée à une culture bourgeoise. Paradoxalement, pendant que les écoles marginalisent la discipline, cette dernière connaît cependant une demande sociale très forte.

Dès lors, dans une logique démocratique, de critique institutionnelle et de réhabilitation pédagogique, le métier de peintre ne pouvait que retrouver du crédit. Comme souvent en retard et conservatrices, les institutions finiront forcément, à un moment ou à un autre, par suivre ne serait-ce que par démagogie électorale et politique.
La peinture n’est pas un genre, mais un moyen d'expression fondamental, composé de gestes et de règles. L’exposition ci-dessous propose d’en faire l’éloge non pas en la sacralisant, mais en montrant sa capacité à absorber, traverser et transformer les mutations culturelles contemporaines.
La peinture a longtemps été prise en otage entre deux tendances opposées, celle de sa fin prônée par les discours des années 1970–2000, et celle de son appréhension populaire axée sur l'esthétique et la figuration.
Ce moyen n’a jamais cessé d’être un écosystème vivant, traversé par des actes techniques ou instinctifs, des traditions locales ou plus globales. Un tel éloge pourrait bien entendu s'apparenter à une forme de nostalgie, néanmoins cela n'exclurait nullement pluralisme, critique et ouverture.
Dans un contexte dominé par l’immatériel, réhabiliter le concret, montrer la diversité, sans oublier l'apport de la technologie numérique, c'est proposer aussi un modèle pédagogique renouvelé. La peinture reste d’abord une action qui laisse une trace, qui raconte des histoires mythologiques, personnelles ou encore réalistes ; la figuration n’est pas un retour, mais une constante réinventée.

L’exposition souligne par ailleurs les graves carences des institutions françaises, c'est-à-dire leur manque de pluralisme avec domination du conceptuel, une marginalisation de la technique et leur méconnaissance ou l'ignorance des pratiques amateures. Elle défend un modèle alternatif qui reconnaît la peinture comme un champ pluraliste, traversé par des savoirs et des communautés multiples.
L'éloge de l'image n’a pas une attitude passéiste, c'est une proposition engagée afin de redonner à la peinture la place démocratique, technique, sensible et esthétique qu'elle mérite.
Ce panégyrique la réaffirme comme champ central, comme un domaine qui n’a jamais cessé d’être créatif et en transformation permanente.
L’objectif n’est pas de célébrer la peinture comme un monument, mais de la réinscrire dans le présent, dans ses usages, ses hybridations, ses tensions, ses circulations sociales comme officielles.
Depuis plusieurs décennies la peinture occupe une position singulière dans le paysage artistique français : valorisée par le marché pour la peinture historique, moderne, impressionniste, mais toujours dévalorisée par les discours autorisés et convenus concernant celle des contemporains.

La peinture exacerbe les oppositions entre les modèles de légitimité : technique contre conceptuel, savant contre amateur, institutionnel contre vernaculaire, local contre global. Mais à terme, une discipline massivement pratiquée qui reste toujours marginalisée dans les écoles et centres d’art, ne peut que condamner ces derniers soit à se réformer radicalement, soit à disparaître.
L’éloge adopte une posture critique car il interroge les mécanismes institutionnels actuels.
Comment repenser la place de la peinture dans les écoles d’art ? Comment valoriser les pratiques amateures ? Comment articuler collections publiques, ateliers et initiatives indépendantes ? Comment construire une institution transparente, pluraliste et réellement démocratique ?